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 (cal) the wrestler.

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Angus Morgan

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MessageSujet: (cal) the wrestler.   Ven 19 Fév - 3:13


CAL & ANGUS
“The only place I get hurt is out there. [Randy points away from the ring] The world don't give a shit about me.”
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Il y avait quelque chose de presque religieux dans ma manière qu'il avait de retirer ses gants et de les reposer dans le sac qui traînait encore sur le banc, le ventre ouvert et prêt à engloutir ce qu'il lui donnerait. Quelque chose de fort, de sacré dans un geste pourtant simple pour beaucoup. Une précaution particulière, presque douce, comme s'il gardait autour et entre ses paumes des reliques pouvant porter le monde. Angus amena son poignet à ses dents et retira le scratch de son gant, le cala entre son épaule et sa tête en tirant dessus pour libérer sa première main. Des gouttes de sueur continuaient de perler sur son front, sur ses épaules, coulaient le long de son torse et de son dos pour enfin mourir lentement dans le tissu de son short. Sa peau toute entière brillait sous la transpiration, ses cheveux dégoulinaient et son visage, trempé, la laissait pointer au coin de ses yeux comme des larmes d'effort qu'il n'avait pourtant jamais pleuré. Ses muscles le brûlaient, son sang semblait entrer en ébullition dans ses veines, et il sentait presque déjà les micro lésions qui provoqueraient à son réveil, le lendemain, de légères courbatures qu'il se traînait depuis des années et dont il avait apprit à s'accommoder, s'en faire de petits trophées qu'il gagnait pour avoir dépassé ses limites du mieux qu'il avait pu. Son corps paraissait prêt à lâcher sous la fatigue, prêt à tendre une pancarte pour demander un temps mort, un temps de repos dont il avait besoin pour ne pas l'abandonner et se dérober sous les efforts qu'il lui faisait faire presque chaque jour que Dieu faisait, ne trouvant son repos que lorsque le Tout-Puissant lui-même s'accordait une pause. Et pourtant, Angus tenait toujours debout, un léger sourire au coin de ses lèvres encore un peu abîmées de son dernier combat. Libérant sa seconde main, il déposa ses gants dans son sac après en avoir sorti une serviette qu'il porta à son visage pour tenter de l'éponger un peu. La chaleur des néons tapait sur son crâne mais, frottant sa nuque, il remarqua qu'enfin la sueur semblait le lâcher. Son regard fit le tour de la pièce. Des vielles affiches de combat des années quarante, peut-être cinquante étaient encadrées au mur, vestiges, reliques elles aussi d'une époque révolue et servant à commémorer certains grands noms qui avaient foulé le gymnase où il se trouvait. Le sac de frappe brillait encore de la trace qu'il avait laissé dessus à force de frapper sous la chaleur et sur le ring demeurait celle du dos de Larry Docherty qu'il venait de mettre à terre – un ancien champion, ami de Cal, ayant prit sa retraite anticipée à trente-cinq ans à peine lorsqu'il apprit que sa femme attendait leur premier enfant. Cinq ans et deux autres marmots plus tard, il ressentait encore le manque provoqué par l'éloignement du ring et avait prit goût aux visites qu'il leur faisait parfois pendant l'entraînement d'Angus, se portant volontaire pour un combat qu'ils disaient amical. Quittant le ring, le regard d'Angus se posa sur Cal, dos à lui, qu'il détailla un instant. Ses lèvres se pincèrent légèrement alors qu'il se laissa tomber sur le banc, se pencha légèrement en avant sans le quitter des yeux, secoué par cette étrange sensation qui le prenait parfois, sans crier gare. Celle de se trouver auprès d'un homme qu'il estimait, respectait, quand bien même il ne le comprenait pas toujours, qui l'impressionnait d'une certaine façon et lui donnait l'envie de se battre plus fort, mieux, pour prouver qu'il n'avait pas fait d'erreur en pariant sur lui. Un homme, oui, mais qui ne semblait pas toujours être son frère. Angus ne connaissait pas Cal, pas vraiment. Il y avait des parties de sa vie qui étaient comme noircies de zones d'ombres sur lesquelles il n'avait jamais vraiment réussi à apporter de lumière. Et ces ombres suffisaient à semer le doute dans son esprit, se demander s'il connaissait suffisamment son frère ou s'il était bien plus inconnu encore qu'il ne lui paraissait. Cal était un ours, bourru et mal léché, qui avait rejeté en bloc une vie dans laquelle il avait pourtant su briller, se faire une place, un nom, peut-être même créer une ombre dans laquelle se trouvait encore Angus, reprenant l'héritage sous ses ordres et ses conseils. Cal avait tout, aux yeux de son frère, pour devenir un des plus grands, si ce n'est le plus grand, du moins en apparence. À le voir combattre, au premier rang, le plus près possible du ring, il avait parfois senti ses yeux se mettre à briller, son cœur se gonfler d'une admiration sans borgne qui avait été ébranlée le jour où il décida de tout abandonner. Il avait gardé pour lui les questions qui le tracassaient, qui auraient pu lui permettre de connaître son frère et de ne plus se sentir parfois comme un inconnu. L'impression étrange lui revenait parfois en pleine figure, lorsqu'il s'attardait un peu trop sur les traits de son visage ou sur certaines parties de son corps, avant de détourner les yeux avec un léger soupir. Il passa ses mains sur sa face, redressa légèrement le dos en gardant ses avants bras sur ses cuisses. « Eh, Cal.. » Il entendit un grognement s'échapper de vers son frère, se laissa surprendre par un demi sourire venu chatouiller ses lèvres. Il leva légèrement les yeux au ciel. « T'as déjà réfléchis à la façon dont t'aimerais mourir ? » Il le détailla lorsqu'il tourna la tête vers lui, haussant légèrement les épaules. Peut-être le temps de soulever quelques interrogations était-il venu.


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Cal Morgan

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MessageSujet: Re: (cal) the wrestler.   Ven 19 Fév - 10:58

the wrestler
The only place I get hurt is out there. [Randy points away from the ring] The world don't give a shit about me.


Quand il entrait dans un une salle de sport, que ses doigts frôlaient le tissus rugueux des sacs de frappe, Cal parvenait encore à ressentir cette adrénaline qui avait fait battre son cœur dans une allure furieuse quand il entrait sur le ring sous les acclamations d'un public toujours plus nombreux, scandant son nom, lui parvenant comme des hurlements indistincts dont il ne se souciait pas sur le moment, se contentant de lever un poing en l'air pour les entendre rugir de nouveau et fixant son regard sur son adversaire, comme deux bêtes que l'on aurait lâchées dans une cage. Il se rappelait du goût de la sueur et du sang qui s'infiltraient sur ses lèvres gercées et brûlaient jusqu'au plus profond de sa gorge, de la morsure de la chair frappant la chair, et de la douleur qui se rappellerait à lui les heures suivant le combat, quand l'adrénaline redescendrait et qu'il lui faudrait alors encaisser tout ce qui s'était passé là, sur ce petit carré beige sur lequel il avait démoli un mec avant qu'il ne parvienne à le démolir le premier. Il se souvenait des mains de son ex fiancée, cette nana aux hanches rondes et aux seins encore plus ronds, encadrés par un rideau de cheveux blonds décolorés qu'elle lissait consciencieusement avant chaque match. Se souvenait de ses baisés qui retraçaient les contours de ses plaies et de ses ongles sur sa peau encore électrique après le combat. Il se souvenait des fêtes, des claques dans le dos, des acclamations, des quelques mordus de boxe qui l'avaient arrêté dans la rue pour lui demander de leur signer un truc ou simplement lui demander ce que ça faisait. Ce que ça faisait, c'est que vous vous retrouviez parfois avec le ventre à l'envers, la peau qui vous brûlait comme si l'on avait posé un tison incandescent dessus. Ce que ça faisait, c'est qu'il en sortait toujours furax et avait l'impression qu'un vide le gagnait, un vide qu'il avait rempli de colère au fil des années. Cal était un bon boxeur, un boxeur de talent, mais ce n'était pas son rêve. La boxe avait toujours été le rêve de son père qui l'avait poussé dans ce milieu très tôt, comme il avait pu le faire ensuite avec son petit frère. Cal à mesure que les années et les combats s'enchaînaient, avait ressenti une colère dévorante au plus profond de son ventre et aujourd'hui, on fronçait parfois les sourcils quand il disait détester ce sport. Cal ne mentait pas, il en était venu à haïr la boxe. Quand son petit frère s'était pointé dans son bar pour lui demander de l'entraîner, Cal avait grogné, froncé les sourcils et senti sa mâchoire se serrer sous un énervement naissant. Mais, mieux valait que ce soit lui qui l'entraîna qu'un autre. Mieux valait que ce soit lui que l'autre, que leur père. Il avait soupiré et finalement accepté, conscient tout en même temps du fait qu'il ne connaissait pas ce jeune qui s'était pointé et dont les traits rappelaient ceux de leur mère, plus fins que les siens, moins abîmés par le temps et une vie passée à regretter des choix, à s'imaginer ce à quoi sa vie aurait pu ressembler si seulement il avait eu les couilles, à l'époque, de redresser la tête et de dire non. Quand il entendit la voix d'Angus, une pointe de fatigue se mêlant à l'excitation d'après entraînement, il se retourna en prenant son temps, précédant les gestes par l'un de ses éternels grognement d'ours. Il resta interdit devant sa question, arquant un sourcil. C'était quoi, ce genre de question ? « Vieux. » se contenta-t-il de répondre avant de se retourner de nouveau, cherchant dans la poche de son gros blouson, posé sur l'une des tables, ce qu'il avait pu faire de son paquet de tabac et de ses feuilles. Dans l'idéal, il mourrait vieux et dans son lit, seul ou pas il s'en fichait grandement. Et, si le Seigneur voulait le rappeler demain après tout, il n'aurait jamais son mot à dire. Personne n'avait jamais son mot à dire sur les envies de Dieu, il donnait et reprenait à l'envie, soumis à son unique bon vouloir. Cal était croyant, et parfois même pratiquant, se laissant entraîner parmi les fidèles le dimanche lors des messes. Pourtant, il trouvait tous ces rassemblements, toutes ces prières vaines ; on ne pouvait pas influencer le vieux là-haut. Comme lui n'avait pas réussi à influencer son père durant son adolescence, alors qu'il tenait une figure presque divine dans sa vie, écoutant chacune de ses paroles comme si elles étaient la lettre. Il soupira, retrouva enfin son paquet dans une poche intérieure de la veste, attrapa un peu de tabac qu'il fourra dans la feuille et commença à rouler sous l'oeil noir de Flyn au fond. On ne fume pas dans notre établissement, Morgan, semblait-il lui dire sans avoir besoin d'utiliser le moindre mot. Cal lui offrit un petit sourire en coin en glissant la pointe de sa langue sur la feuille. Non, il ne fumerait pas ici, mais dehors on se gelait les doigts.



THE RIVER, Have you ever seen a one trick pony in the field so happy and free ? If you've ever seen a one trick pony then you've seen me. Have you ever seen a one-legged dog making its way down the street ? If you've ever seen a one-legged dog then you've seen me.
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Angus Morgan

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MessageSujet: Re: (cal) the wrestler.   Ven 19 Fév - 13:03

Angus avait eu l'impression de découvrir un monde en même temps que le bar de Cal. Un monde qu'il avait construit à son goût, autour de ce qui lui convenait, et dans lequel il pourrait peut-être trouver des bribes de réponses par rapport aux zones d'ombres que gardait encore son frère pour lui. Il n'y avait jamais vraiment fichu les pieds avant de venir l'en déloger pour qu'il ne vienne l'entraîner, trop poussé au travail par leur père pour prendre le temps de faire un détour chez un quasi inconnu, pourtant de sa famille. Emmitouflé dans une veste en mouton retourné, il en avait passé la porte, le nez plongé dans son col et les yeux faisant déjà le tour de la pièce avant même d'y rentrer. S'était raclé la gorge pour attirer l'attention de son frère, redressant sa nuque et son dos, les mains enfoncées dans ses poches au fond desquelles mourraient quelques feuilles de tabac effritées, un vieux briquet presque vide et un ticket d'entrée pour son dernier combat – une sorte de grigri, une habitude prise où il achetait toujours l'une des places, sans vraiment comprendre pourquoi. Faisant tourner son cou pour regarder plus en détails les lieux, essayant de trouver des parts de son frère à découvrir ou des souvenirs de son passé à contempler – qu'il ne trouva pas, Cal n'avait rien d'un Rocky Balboa, n'exposait pas les photos de son ancienne gloire à laquelle il avait porté une fin prématurée dans le commerce de sa nouvelle vie – il s'était finalement approché du comptoir sur lequel il posa le plat de ses deux mains, tentant un sourire légèrement en coin. Il lui avait demandé si c'était donc là qu'il se cachait, fuyait la grandeur qu'il avait commencé à donné à leur nom, et lui demanda de lui servir deux doigts de whisky, malgré l'heure encore jeune de l'après-midi, frottant le bout de son nez endolori par le froid. La campagne de séduction était lancée et, après quelques minutes de discussion maladroite, ne sachant pas quel sujet autre que les banalités d'usage, il avait fini par lui avouer la véritable raison de sa venue. Eux deux, près d'un ring, agissant non pas comme des frères mais peut-être plus comme des.. alliés ? Une sorte de passage de flambeau faite au cœur d'un gymnase, entre les sacs de frappes, les cordes à sauter et les ficelles d'un ring. Il avait plongé ses yeux bleus dans les siens, toujours son petit sourire posé sur son visage encore abîmé du dernier combat – il ne retrouverait sans doute jamais un visage pleinement cicatrisé, remit à sa place, mais l'idée ne lui paraissait étonnamment pas désagréable – et avait soutenu son regard, malgré les grognements qui s'échappaient de Cal, comme le ronronnement mécontent du moteur d'une vieille bagnole, jusqu'à ce qu'il accepte. C'était lancé ; la nouvelle phase de son entraînement, celle qui le mènerait plus haut qu'il ne l'était déjà. Ça faisait désormais des semaines que Cal l'entraînait. Il avait déjà retrouvé le chemin du ring depuis, avait pu constater sur le terrain, face à face avec un de ces gars d'Hollywood qui se pensaient supérieurs aux autres parce que le soleil cuivrait leur peau trois cent cinquante jours par an, les progrès dans ses déplacements, dans ses esquives, dans les coups qu'il portait tantôt au corps et tantôt au visage pour déséquilibrer et désarmer du mieux qu'il pouvait son adversaire. La façon dont il se laissait remplir par la colère provoquée par les combats d'avant la rencontre sur le ring, les quelques conférences de presse qu'il commençait à écumer de façon disparate en fonction du type face à lui. La provocation marchait sur Angus, le faisait même parfois courir, devant être retenu pour ne pas commencer le combat physique avant d'avoir posé les pieds sur un ring. La colère le faisait trembler, parfois jusque dans la salle d'entraînement, où il frappait les sacs avec une ardeur devant laquelle Larry Docherty et Flyn haussaient parfois les sourcils. C'est avec un sourire aux lèvres qu'il s'était ramené ce matin au gymnase, avant même l'ouverture, abandonnant d'un baiser au coin de ses lèvres une Nelia encore endormie. Il avait traversé une partie de Manhattan en courant pour rejoindre Queens et la salle, Marvin au volant de la voiture à côté de laquelle il tentait de maintenir la cadence. Son corps était désormais prêt à lâcher, mais sa tête, elle, voulait continuer. Il s'accorda néanmoins la pause dont il avait besoin, poussé encore une fois par les grognements d'un Cal qui semblait éternellement mécontent et qui lui avait intimé de se calmer ; le repos faisait aussi partie de l'entraînement. Un souffle rieur s'échappa d'entre les lèvres d'Angus lorsqu'il entendit la réponse de frère et secoua légèrement la tête. Il prit la bouteille d'eau à côté de lui, en bu quelques gorgées et s'essuya la bouche, reposant son regard sur la silhouette encore massive de son entraîneur. « C'est pas toi qui est supposé avoir le souffle coupé, tu peux développer. » Il était prêt à parier que d'autres grognements s'élèveraient entre les bruits grinçants des chaussures et le fouet des cordes à sauter que l'on pouvait entendre ça et là. Cal n'avait rien d'un bavard, préférait toujours se terrer dans un langage qui ne nécessitait pas de mots pour se faire comprendre. Et pourtant, une part d'Angus était bien décidée à comprendre ce qui pouvait pousser un homme comme lui à descendre du ring sans se retourner, à faire des choix de vie qui en avaient surprit plus d'un, et à se terrer dans un bar de Queens pour rester dans l'ombre d'une lumière qu'il avait pourtant créer.


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Cal Morgan

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MessageSujet: Re: (cal) the wrestler.   Ven 19 Fév - 21:39

Cal n'était pas connu pour son bon caractère. Derrière son comptoir on pouvait parfois le voir rire avec quelques habitués qui lui racontaient leurs journées en enchaînant les verres de whisky ; on pouvait le croiser dans la rue, à promener son chien, bien plus à son aise avec lui qu'il ne pouvait l'être avec n'importe quel être humain. On ne lui demandait jamais, ce qui avait bien pu le rendre aussi sombre ; personne n'avait osé, mis à part Victoria, cette fille avec qui il était sorti pendant quelques semaines, un soir, tous les deux couchés dans son lit, alors qu'elle redescinait les contours de son torse de la pointe de ses ongles. Cal lui avait répondu qu'elle n'avait qu'à lire les journaux, les chroniques sportives, ayant parlé pendant des jours de sa mise en retraite anticipée, mettant une fin aux prémices de ce qu'ils avaient qualifié de "nouvelle légende". Victoria n'avait pas bien saisi en quoi cette réponse lui apportait une quelconque clarté sur l'humeur de son petit-ami de passage ; elle avait froncé les sourcils sans en demander plus, sachant qu'elle n'obtiendrait rien d'autre de sa part ; elle s'était figurée un ego blessé par sa défaite qui l'empêcha de remonter un jour sur un ring de boxe. Peut-être que le dernier coup de poing que Cal s'était reçu devant des milliers d'yeux dans le stade, avait fini par faire vaciller une lumière dont, parfois, Victoria doutait de l'existence avant même ce combat. Quel intérêt aurait-il eu à lui raconter un passé qu'elle ne connaissait pas, dont elle n'aurait jamais pu être témoin, et dont elle n'aurait pas compris les issues ? Cal avait laissé entendre un soupir avant d'éteindre la lumière, se tournant vers elle pour embrasser sa tempe et barrer sa poitrine de son bras. Il avait tiré un trait sur ce qu'il était avant, avait tracé une grande ligne entre sa famille, le nom glorieux qu'avait pu évoquer un jour celui des Morgan, et pendant des années n'avait plus reçu des nouvelles de son père dont il évitait chaque appel et, de guerre lasse, dont il n'en recevait plus que de rares, sûrement quand le vieux avait un peu trop forcé sur la bouteille et que sa conscience lui rappelait qu'il avait un garçon qu'il aima un jour. Aussi, quand Angus pointa son nez dans son bar, ne le reconnu-t-il pas tout de suite. Il n'avait pas téléphoné -comment aurait-il pu le faire, il ne possédait pas son numéro, ni de portable, ni de fixe, ni même celui de son bar-, n'avait pas écrit, n'avait même pas frappé à sa porte. Il s'était contenté de pousser la porte du pub et de tirer l'un des tabourets à lui, près du comptoir, et lui avait demandé de l'entraîner pour un match, il lui faisait plus confiance qu'en n'importe quel coach sur le marché. Cal avait secoué la tête dans un signe de dénégation, lui tournant le dos en s'occupant des bouteilles empilées sur des étagères contre le mur. Il l'avait écouté parler en serrant les mâchoires, se refusant à se donner en spectacle dans son propre établissement, de montrer que l'ours possédait lui même une famille, qu'il y avait encore quelques liens sur cette terre qu'il aurait fallu prendre la peine de remarquer et d'aimer de nouveau. Cal avait fini par soupirer et accepter. S'il se prenait parfois à regretter son oui, sentait parfois l'envie de frapper dans ses paumes en disant à Angus qu'on s'arrêtait là, il n'avait rien à lui enseigner, il pouvait retourner à sa vie et lui retournerait confortablement à la sienne, Cal se surprenait aussi à apprécier les quelques moments passés avec son frère. Il ne se souvenait pas avoir été là pour lui, du plus loin que sa mémoire et ses souvenirs pouvaient remonter. Il n'existait rien entre eux, rien de plus qu'un nom et du sang qu'ils partageaient dans des veines abîmées par l'adrénaline et les coups qu'on avait pu leur porter. Ce rien lui donnait parfois le vertige, lui faisait se demander comment est-ce qu'ils avaient pu en arriver là. Et, invariablement, Cal balançait la faute sur les épaules de leur père. Comme à chaque fois, il ne trouvait qu'un seul coupable à pointer du doigt, gardant pourtant ses jugements enfouis au plus profond de son cœur. Jusqu'à présent, Cal n'avait été qu'un entraîneur pour Angus, et, même s'il avait eu envie de plus, même s'il sentait parfois quelque chose s'agiter en lui, il ne savait pas comment faire, et sa lâcheté, son refus de s'impliquer de nouveau dans quoi que ce soit rompant avec sa solitude choisie, s'occupaient de faire taire ses sentiments. Il redressa le menton, tourna de nouveau les yeux vers son petit frère, fronçant les sourcils en le dévisageant quelques secondes, gardant le silence. «  Vieux, dans mon pieu, dans mon appart juste au dessus du bar. J'ai pas d'autres explications à donner, je suis encore vivant, je m'en soucierai plus tard. » il laissa entendre un soupir, redressant enfin son dos courbé. «  Tu poses la question, t'as dû réfléchir au sujet. La question c'est pas comment j'aimerais mourir, mais est-ce qu'Angus peut me dire comment il aurait envie de quitter ce monde. » Il arqua un sourcil, ses lèvres oscillant dans une sorte de sourire en coin, qui aurait pu tout aussi bien évoquer une grimace. « Alors ?»



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